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  • micheledeclercq64

Crise Covid: régression sur le chemin de l’égalité hommes-femmes

Pour une relance féministe et inclusive


©Thomas SAMSON/AFP


Après plus d’un an de crise sanitaire devenue économique et sociale, les inégalités entre hommes et femmes se sont incontestablement accentuées faisant résonner la mise en garde de Simone de Beauvoir « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique, ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. »

En première ligne dans la sphère privée comme professionnelle, les femmes ont été plus gravement touchées que les hommes, avec des conséquences risquant d’entrainer une régression inédite sur le chemin de l’égalité. Ainsi selon la dernière étude annuelle du Forum économique mondial publiée fin mars, la pandémie aurait reculé de 36 ans le temps nécessaire pour combler les multiples écarts qui persistent entre les hommes et les femmes à l’échelle de la planète.


Des inégalités pré-existantes exacerbées par la crise

Avant la crise, les femmes étaient déjà dans une situation plus fragile. En effet, 28,4% (soit plus du quart) des femmes actives occupent un emploi à temps partiel, contre 8,3% des hommes. Et en terme d’écart de salaires, les hommes gagnent 28,5% de plus que les femmes (source : INSEE). Les femmes sont aussi plus nombreuses à occuper un métier précaire, voire à effectuer du travail dissimulé. Quant aux entreprises qu’elles créent, celles-ci sont en moyenne moins solides financièrement donc moins susceptibles de résister à la crise.

En France, pendant le premier confinement, les mères ont deux fois plus souvent que les pères renoncé à travailler pour garder les enfants (source : INSEE). Elles ont dû faire face à une augmentation du travail domestique et alors que cette situation inédite aurait pu être l'occasion de rééquilibrer les tâches ménagères et éducatives au sein des foyers, le déséquilibre s’est amplifié. Le télétravail, pour celles qui l’ont pratiqué, a souvent été vécu comme une régression. Sans espace dédié, les femmes ont enchainé les réunions, sans s’octroyer de pauses, ployant sous le poids d’une charge mentale décuplée favorisant stress et anxiété quant à leur avenir professionnel. D’ailleurs 70% des femmes estiment que le confinement va les pénaliser dans leur carrière.

Le tableau ne serait pas complet sans mentionner la flambée des violences intrafamiliales et conjugales (+60% en France pendant le second confinement) et le renoncement au soin qui a été plus marqué chez les femmes pendant la pandémie.

Rappelons aussi qu’en France, sur 11 millions de personnes aidantes familiales 57% sont des femmes dont l’isolement accru a eu d’importantes répercussions tant au niveau professionnel que personnel, en particulier en terme de santé.

Ainsi les femmes à qui incombe historiquement le travail de soin ont joué le rôle qu’on attendait d’elles en se transformant en super-infirmière-intendante en chef dans la sphère familiale. Quant aux infirmières de métier, elles étaient évidemment aux avant-postes.


Une « première ligne » essentiellement féminine

Dans le secteur du soin dont les conditions de travail difficiles, précaires et peu valorisées avaient été pointées bien avant la crise, les femmes représentent 87% des infirmières et 91% des aides soignantes. La « première ligne » du Covid 19 s’est donc révélée essentiellement féminine, puisqu’à ces professions médicales, s’ajoutent les aides à domicile et les aides ménagères (97% de femmes), les agents d’entretien (73% de femmes), les caissières et vendeuses (76% de femmes) sans oublier les enseignants (71% de femmes). Si ces professions peu valorisées socialement se sont avérées indispensables, paradoxalement certains de leurs secteurs (commerce, hôtellerie, restauration…) sont les plus touchés par les destructions d’emploi de la crise.


Des femmes oubliées de la relance

Alors que les secteurs féminisés sont sans conteste les plus impactés par la crise, le financement de la relance mise essentiellement sur des domaines en pointe fortement masculinisés. Ainsi sur les 35 milliards d'euros des plans de relance sectoriels de juin 2020, seulement 7 milliards sont dédiés à des emplois occupés par des femmes.

Quant au plan de relance de septembre dernier, à hauteur de 100 milliards d’euros et destiné à financer l’innovation et l’économie de demain, le numérique et la tech, il concerne un secteur où les femmes représentent à peine le quart des effectifs.


Plaidoyer en faveur d’une relance féministe

Il n’est pas trop tard pour saisir l’opportunité de l’élan économique qui se profile avec la reprise pour inverser la tendance et faire reculer les inégalités hommes-femmes. Des mesures concrètes s’imposent d’urgence et en priorité :

  • Revaloriser fortement et rapidement les salaires des métiers à prédominance féminine

  • Encourager la formation et la reconversion des femmes vers les filières d’avenir (numérique, transition écologique)

  • Prévenir toutes les formes de violences faites aux femmes

  • Instaurer davantage de mixité (jusqu’à atteindre la parité) dans les instances de gouvernance et de prise de décisions qu’elles soient politiques ou au sein des entreprises


Pour un « monde d’après » plus juste et inclusif

Parce que l’égalité n’est pas un luxe en temps de crise et que des mesures favorables aux femmes bénéficient à l’ensemble de la société, ces dernières doivent absolument être impliquées dans les décisions à venir pour dessiner le fameux « monde d’après » et poser les bases d’une société plus juste. Il s’agit de n’oublier personne afin que chacun, sans distinction de genre ou d’âge, puisse vivre librement et dignement. Et les femmes trouver leur juste place par le travail et l’autonomie financière, seuls gages de réelle inclusion.

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